"Du jour où j'ai poussé la porte de cet endroit, je suis entré dans le monde de la belle musique et n'en suis jamais ressorti" - Alan Ingram Cope (1925-1999)

En partenariat avec le festival D'Jazz, Tandem et Philippe Ghielmetti, la Médiathèque Jean Jaurès présente une exposition autour de "La Musique d'Alan".

Emmanuel Guibert est l'auteur, entre autres, de deux livres majeurs publiés en 2000 et 2012, La Guerre d'Alan et L'Enfance d'Alan. Ces livres multi-récompensés racontent la vie d'un homme, Alan Cope, soldat américain débarqué en Normandie à l'êge de vingt ans en 1945. C'est là aussi qu'il a rencontré le dessinateur 50 ans plus tard. Une amitié naît entre les deux hommes, Guibert fait un livre de la vie que lui raconte son ami.

Plus tard, Philippe Ghielmetti propose à Emmanuel Guibert de dessiner les pochettes des CD de son label Vision Fugitive; Féru et grand amateur de musique, il prend la chose très au sérieux. Pour le remercier, Ghielmetti lui propose en 2017, de mettre en musique les récits de la vie d'Alan Cope ! Naît alors un album franco-américain. Bien entendu les images de cet album sont celles d'Emmanuel Guibert, qui dresse savamment les portraits et rend les ambiances de l'enregistrement.


EMMANUEL GUIBERT

DSC02907 ModifierNé en 1964 à Paris, Emmanuel Guibert débute sa carrière dans la bande dessinée avec Brune, une œuvre sur la montée du nazisme. L’album, qu’il met sept ans à réaliser, paraît en 1992. Fréquentant les auteurs de la toute jeune maison d’édition L’Association, il commence à publier des récits dans la revue Lapin, et intègre l’atelier des Vosges aux côtés notamment d’Emile Bravo, Christophe Blain et Joann Sfar. Sur un scénario de ce dernier, il dessine La fille du professeur, Alph’art coup de cœur et Prix René Goscinny au Festival d’Angoulême en 1998. Emmanuel Guibert y met en place un dessin en sépia, sensible et souple, un style graphique que, versatile, il abandonne pour Le  Capitaine  écarlate avec David B au scénario (2000), album d’une facture très différente. Toujours avec Joann Sfar, il débute en 1997 la série pour enfants Sardine de l’espace dont il écrit d’abord le scénario avant d’en assurer aussi le dessin. Il laisse libre cours à sa fantaisie et développe son formidable talent de conteur. Il dessine à partir de 2001 la série Les  Olives  noires (3 volumes) sur un petit garçon juif en Judée il y a 2000 ans, encore avec Joann Sfar au scénario, de nouveau dans un style inédit.

En 1996, Emmanuel Guibert débute en revue la publication d’un projet ambitieux et de longue haleine, une suite d’albums inspirés par les souvenirs de son ami américain Alan.

Ingram Cope, La Guerre d’Alan (trois volumes de 2000 à 2008), L’enfance d’Alan (2012), Martha et Alan (2016). De son trait élégant et tout en retenue, d’une grande technique, Emmanuel Guibert excelle à mettre en scène la vie d’Alan, exposant l’intime avec une pudeur subtile. Ce magnifique travail de passeur de mémoire se prolonge dans Le  Photographe (trois volumes de 2003 à 2006), inspiré des souvenirs et des photos rapportés de voyages en Afghanistan avec Médecins sans Frontières par le photojournaliste Didier Lefèvre. Ici, photos et dessins se complètent et se confondent, pour mieux fixer le temps et les souvenirs. Le Photographe sera récompensé à travers le monde avec le prix Essentiel d’Angoulême en 2007, le Eisner Award de la meilleure édition américaine d’une œuvre internationale et le Prix Micheluzzi de la meilleure série étrangère en 2010.

Dans Alan comme dans Le Photographe, Emmanuel Guibert, par son geste virtuose et sa technique, sublime l’intime et le quotidien, magnifie l’anodin et le temps qui passe, et surtout, place inconditionnellement l’humain au cœur de ses récits. Un intérêt pour l’autre que l’on retrouve aussi bien dans Des  nouvelles  d’Alain, livre sur les communautés roms d’Europe réalisé avec Alain Keler, que dans l’irrésistible série pour la jeunesse Ariol qu’il crée en 2000 avec Marc Boutavant au dessin. Là, sous couvert de raconter les aventures d’un petit âne anthropomorphe, il explore la vie moderne et le quotidien à hauteur d’enfant, faisant pour cela appel à ses propres souvenirs. Pour l’ensemble de son œuvre, Emmanuel Guibert reçoit en 2017 le Prix René Goscinny et, en 2020, le Grand Prix du 47e Festival International de la bande dessinée d’Angoulême.


CARNET 6 Copie« Retour en arrière : en 2012, je demande à Emmanuel de réaliser toutes les pochettes des disques de Vision Fugitive. Féru de musique, il prend la chose très au sérieux. Cinq ans et quelques disques plus tard, en 2017, je lui propose de réaliser une mise en musique de ses 2 premiers livres sur Alan Cope.

Son ami étant un américain ayant passé sa vie en France, un line-up franco-américain semble évident : Stephan Oliva, Philippe Mouratoglou et Jean-Marc Foltz chez nous, Matt Turner, Peg et Bill Carrothers de l’autre côté de l’Atlantique. Violoncelle, voix, 2 pianos, guitares, clarinettes. Puis je demande à chaque musicien de lire les 2 livres et à chacun d’en proposer 2 morceaux, tirés d’une phrase, d’un passage, ou de plusieurs pages de ces livres. Compositions, musique de répertoire(s), improvisations, tout sera bienvenu. Toutes les combinaisons instrumentales aussi.

La rencontre et l’enregistrement ont eu lieu durant 4 jours, à Pernes-les-Fontaines aux studios La Buissonne en juillet 2019. 

La musique d’Alan apporte une dimension musicale au portrait composite de cet homme. Chaque titre, en effet, est signé par les différents intervenants et s’inspire d’un des chapitres des livres. En dépit de ces disparités, le tout sonne avec une véritable cohérence. De disque en disque, ensemble ou séparément, les musiciens du label Vision Fugitive où Emmanuel Guibert officie aux illustrations, forment une communauté étroite et unie qui parvient, sans le chercher particulièrement, à définir une esthétique propre.

On retrouve le goût de Bill et Peg Carrothers pour l’entièreté de la culture musicale américaine du XXème siècle, des chansons populaires à la musique classique en passant bien évidemment par le jazz. Depuis au moins Armistice 1918, resté dans les mémoires, on sait que le pianiste se meut dans un univers à la fois fantasmatique et politique dans lequel il retraverse les tragédies que son pays a rencontrées. Soutenu par la voix diaphane de sa compagne et le violoncelle noble de leur ami Matt Turner, il propose une musique profonde et mélancolique dont les climats en clair-obscur délicieusement surannés invitent à la rêverie et à une nostalgie en état de grâce. Les chœurs fragiles ajoutent une authenticité supplémentaire à ces interprétations.

De leur côté Jean-Marc Foltz, Stephan Oliva et Philippe Mouratoglou axent leur approche sur des couleurs plus classiques qui n’empêchent pas quelques incursions maîtrisées dans l’univers de l’improvisation. Le propos plein et équilibré, retenu et élégant, contient lui aussi sa dose de mélancolie tout en jouant sur une expressivité rentrée fortement évocatoire. On ne sait dès lors, de la musique ou des dessins, qui illustrent quoi. La force d’un travail réussi est certainement de ne plus pouvoir le limiter à un seul de ses éléments. » - PHILIPPE GHIELMETTI


"Je sais que je ne quitterai jamais cet homme" - Emmanuel Guibert